Accueil OpinionInterviews Afia MALA: « En 37 ans de carrière musicale, je n’ai rien à regretter… »

Afia MALA: « En 37 ans de carrière musicale, je n’ai rien à regretter… »

par LA REDACTION

Afiwavi Mawulana Missohou alias Afia Mala, est une authentique Princesse des rives du Mono. Elle est issue de l’union de deux familles royales : de Vogan au Togo où est née sa mère et de Dogbo au Bénin d’où vient son père. Les 16 et 17 Décembre 2011 derniers, elle a célébré avec faste les 37 bougies de sa carrière musicale à Lomé à travers deux concerts. Au compteur on dénombre une dizaine d’albums et des distinctions depuis 1974 où elle a donné son premier concert live devant 4.500 spectateurs au Palais des Congrès de Lomé. A l’issue des festivités, elle a, volontiers, fait un bref bilan de sa carrière avec votre journal à travers de  cet entretien. Décryptage !

Horizon Cultures : Nous sommes à Lomé dans le cadre de la célébration des 37 ans de votre carrière musicale. Aujourd’hui, quel est le bilan que vous pouvez faire de ces années passées dans la gloire de belles sonorités africaines ?

AFIA MALA Si je devais faire le bilan, je dirai que si c’est à recommencer, je referai exactement la même chose. Parce que je sais que ça n’a pas été facile au début. C’est tout à fait normal. Le début de chaque chose est difficile. Mais après c’est de savoir ceci : ne jamais se décourager car moi je dis que le chemin de la musique est comme un sentier où il y a des épines. Des fois ces petits sentiers peuvent se frayer à de petites collines. C’est comme si on est sur une bicyclette. Si jamais tu arrives à un niveau et que tu es découragé, tu ne peux plus continuer et tu dégringoles. Mais je n’ai jamais voulu dégringoler. J’ai continué, j’ai franchi tout ce qu’il fallait franchir. Voilà, aujourd’hui je fais le bilan et je n’ai rien à regretter.

Rien à regretter, le bilan est donc positif. Alors racontez- nous, comment êtes vous arrivé à la musique ?

Ça a été quelque chose de tout à fait naturel parce que je me suis toujours dit que c’est la musique qui est arrivée à moi. J’ai jamais appris à chanter et je le dis, je ne connais même pas le solfège. Je suivais ma mère dans ces réunions. Elles appelaient ça l’ensemble des amis de la Piro de Banga. Je la suivais et je la regardais. C’est elle qui composait et toutes les femmes étaient à la percussion. C’était aussi à l’époque où c’était un moyen pour elles, de s’échapper de leur foyer et de discuter de ce qui se passe dans le village etc. Donc, je suivais tout ça et je voyais que c’est elle qui apprend aux autres à chanter. Je lui ai ensuite demandé ; c’était encore lors de mes bas âges et c’était les vacances ; pourquoi c’est elle qui apprend à chanter aux autres ? Aussi, “ça prend trop de temps. Il faut qu’on rentre“ disais-je. Elle m’a dit, “non ma fille ; tu sais je leur apprends cette chanson parce que c’est moi qui les ai composé“. Je lui ai ensuite demandé qu’est ce que composé et elle m’a appris la composition. Elle me dit ;  « c’est pas difficile. Tu prends quelque chose que tu as envie de dire. Tu mets l’air dessus, et puis tu lui mets une mélodie qui te passe par la tête. Tu la mets dessus mais le plus dure c’est de savoir garder cette mélodie ». C’est comme ça que j’ai fais mes premiers pas dans la musique.

Depuis ce temps vous en avez fais un, deux, trois, quatre qui vous ont amenés à des distinctions. Déjà en 1974, vous avez été reconnu comme meilleur artiste de l’année en ensuite vous avez eu votre premier grand concert devant 4.500 personnes. Souvenez-vous un peu de cette histoire ?  

Oui ! Je me rappelle. C’était en 1974 au cours du 3e festival de la chanson du Togo parce que c’était à l’époque où on reconnait encore la valeur de la musique. On considère la musique comme faisant partie de la culture. Aujourd’hui, je pense qu’au Togo, les artistes sont laissés pour compte. Je ne sais pas pourquoi. Il n’y avait rien mais à l’époque, il y avait au moins ces festivals qui nous amenaient au moins à prouver la valeur de ce que nos avons dans nos têtes. Et c’est comme ça que j’ai commencé. Après j’ai sorti mon premier album en 1979 avec les éditions “La chapelle“  à Cotonou accompagné par les black Santiago et depuis je n’ai plus arrêté. Après je suis parti au Cuba.

Evidemment, comment est arrivé cet épisode de Cuba? Et comment cela s’est passé ?

Vous savez l’Afrique de l’Ouest a toujours été bercé par cette musique. Quand on remonte un peu le cours de l’histoire. Avec la colonisation, nos aïeux sont partis d’ici et emporté en Amérique. C’est ainsi qu’ils ont été dispersés un peu partout. Les choses ont un peu changés après et ils sont revenus avec un peu de cette culture ; surtout en Afrique de l’ouest. C’est ainsi que cette partie du continent a été bercé par la musique afro-cubaine. Quand on prend un peu le cas de Gnonas Pedro, ce sont les pionniers de la musique ouest africaine. Il y en a plein comme lui. Même Boncana Maïga, qui est là, a travaillé sur beaucoup de morceaux du Cuba. L’Afrique de l’ouest a baigné dans cette musique. Moi, mon rêve était d’aller un jour à la source. La source où je pensais que c’était l’Amérique et après j’ai cherché la source et j’ai compris que c’était Cuba. Comme je l’ai dit c’est un rêve nourrit depuis mon enfance et qui s’est réalisé.

Vous disiez que vous avez fait danser les Cubains dans votre langue Mina. Comment cela c’était passé ?

Quand j’étais au  Cuba, j’ai retrouvé l’Afrique. J’ai retrouvé beaucoup de Nigérian… c’est-à-dire que l’Afrique était présente parce que la communauté y est en quantité suffisante. Et pour moi c’est l’Afrique. D’abord les missionnaires sont arrivés avec l’histoire de Jésus avec Dieu. Mais nous, l’Afrique n’est pas née avec Jésus Christ. L’Afrique est née avec nos dieux, notre croyance à nous et c’est ce que j’ai retrouvé à Cuba, donc vraiment, Cuba c’est l’Afrique. Ils veulent tout savoir, ils veulent tout connaitre de l’Afrique. Même je pense vous dire aussi les mets. Quand je prends leurs nourritures, c’est typiquement africain et moi j’ai été bien surpris. J’ai travaillé avec « l’orchestra Aragon » qui, il y a deux ans, ils fêtaient leur 70 ans de carrière. J’ai fait la tournée avec eux. Je peux vous dire que la musique à Cuba se transmet du père au fils.

Après tant d’expériences, quelles sont les perspectives qui s’ouvrent à vous, Afia Mala, après 37 ans de carrière ?    

Oh ! Après 37 ans de carrière, il y a beaucoup à faire encore. Tant qu’on vivra, on chantera toujours. Je ne suis pas prêt à dire c’est mon dernier concert. Ce n’est pas le moment et je pense que ça n’arrivera jamais. Je continue. Je sais que j’ai encore beaucoup de choses à accomplir.

Afia Mala c’est aussi une dame de cœur a-t-on apprit en venant à Lomé. On a appris que vous avez une fondation. Pourquoi ? Qu’est-ce que vous entendez faire avec cette fondation ?

C’est une fondation, ce n’est pas une ONG, ce n’est pas une association. C’est une fondation que j’ai crée il y a à peu près 10 ans. C’est le fruit de mon éducation. De toute mon éducation, on ne dit pas je n’ai pas. On donne. C’est une fondation qui est là et qui vivra. Elle est reconnue par l’Etat, bref nous avons tout. Depuis des années, avec des amis, ceux qui aiment la vie, ceux qui aiment les enfants, parce que d’ailleurs j’ai placé mes 37 ans de carrière sous le thème du droit à la scolarisation et aussi le bien être de la mère. On fait plein de choses. Aujourd’hui, nous venons d’offrir trois classes avec un bureau, une bibliothèque, des sanitaires, tout ce qu’il faut pour une école officielle de la place.

Alors, que dire pour conclure cet entretien ?

Je dirai simplement que si c’est à recommencer, je referai le même chemin. En 37 ans de carrière musicale, je n’ai rien à regretter. La vie est belle.

Propos recueillis par Sessi TONOUKOUIN

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